Index du Forum


 
 Index du ForumFAQRechercherS’enregistrerConnexion

:: ~ Mourir au Japon ~ ::

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum -> Espace détente -> Culture
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Shii
Kami Otaku
Kami Otaku

Hors ligne

Inscrit le: 14 Avr 2011
Messages: 1 205
Titre:
Etoiles:
Point(s):

MessagePosté le: Dim 2 Sep - 23:53 (2012)    Sujet du message: ~ Mourir au Japon ~ Répondre en citant


~ MOURIR AU JAPON ~
.: En tant que "shii", je me sentais obligée :.


Après avoir vu l'importance accordée aux esprits lors de mon étude sur l'Obon,
je me demandée quels autres rituels étaient consacrés aux défunts.
Dans ce cas, parler des funérailles est un passage obligé.
~ Shii-chan no topic, Mourir au Japon, Staato ! ~


₪₪₪₪


Tout d'abord, il faut savoir que la cérémonie des funérailles, au Japon,
 
             
 est très importante, et doit être effectuée en suivant des rituels très stricts.
 Le cas échéant, l'esprit du défunt serait contraint à errer sur
Terre à tout jamais, apportant le malheur sur sa famille en guise de vengeance.

Si la plupart des cérémonies effectuées au cours de la vie d'un
 japonais suivent des rîtes shintoïstes, la cérémonie des funérailles,
 en revanche, répond plutôt à la tradition bouddhique.

Le traitement d'un défunt se divise généralement en quatre étapes,
 même si les méthodes peuvent différer en fonction
 des différentes sectes bouddhistes. Ces quatre étapes sont :
 Makuragyou, Tsuya, Shoshiki et Shiju-ku nichi.





Makuragyou

Litt. : Sûtra de l'oreiller.
Cette étape est à effectuer immédiatement après le décès, quelque soit l'heure.
On appelle un prêtre, pour qu'il récite des sûtras au défunt,
dans le but de purifier son corps et de le préparer aux étapes suivantes.
C'est la première étape vers l'acheminement pour l'au-delà.

C'est au fils aîné que revient le rôle de prévenir les autorités du décès
et de contacter le temple pour les cérémonies.







Tsuya

Tsuya correspond à la veille funèbre.
Elle a lieu durant la journée qui suit la mort, au domicile.
 Sont conviés la famille et les amis proches du défunt.
Ceux-ci étaient traditionnellement habillés en blanc, mais depuis l'occidentalisation
 du Japon, la tendance est plutôt à la couleur noire.
 Il est coutume d'apporter de l'encens, et l'O-koden, qui est une enveloppe
contenant une somme d'argent destinée à aider la famille à couvrir les frais des funérailles.
 Cette somme d'argent varie en fonction des liens entre le défunt et l'invité.
(Ainsi, un parent ne paiera pas la même somme qu'un ami.)

Le but de ce rassemblement est de rassurer le défunt quant à son départ.
Pour la veillée, le corps du défunt est nettoyé, et revêtu du Shinishozoku
(litt. habit pour le voyage vers l'éternité), le kimono réservés aux morts.
D'ailleurs,  le sujet étant décédé, il est de coutume de rabattre le côté droit du kimono sur le côté gauche
(cette pratique effectuée sur un vivant est un mauvais présage). On dépose un tissu blanc
 sur son visage, juste après avoir effectué le rituel du nom de Matsugo no Mizu (litt. L'eau du dernier instant).
Ce rituel consiste à humidifier les lèvres du défunt, pour favoriser sa réincarnation.
 Enfin, on dépose un juzu entre les mains du défunt. Le juzu est un chapelet bouddhiste composé
 de 108 perles sensées représenter les 108 karmas.
Comme ça, l'âme du défunt pourra renoncer aux désirs humains et atteindre la vertu.

Le défunt est allongé devant l'autel de la famille, la tête en direction du nord
(d'où l'idée de ne jamais dormir dans cette direction de son vivant).
 A côté de lui se trouve le makura-kazari, une table sur laquelle on pose des fleurs,
 de l'encens et une bougie (de gauche à droite, dans cet ordre).
Il s'agit de faire en sorte que l'encens brûle tout au long de la veillée,
 les membres de la famille se succèdent donc l'un à l'autre tout au long de la nuit.
A son côté, on doit déposer une petite bourse d'argent,
 destinée à aider le défunt à traverser Sanzu no kawa,
 le fleuve qui est situé entre le monde des vivants et celui des morts (L'équivalent du Styx).

A l'issu de la veillée, on doit s'asperger de sel pour se purifier et faire fuir les mauvais esprits.


         
         
        

O-koden                    Shinishozoku                   Makura-Kazari                         Juzu  






Shoshiki

Les funérailles ont lieu au lendemain de la veillée.
C'est à cette occasion que les membres plus éloignés de la famille et les connaissance
peuvent rendre hommage au mort. Ils s'approchent et prient pendant que le prêtre récite des sûtras.

Celui est déposé dans son cercueil, devant un autel où est déposée sa photo
 toujours la tête vers le Nord. On dépose à côté de lui un bol de riz, qui symbolise sont dernier repas.
 On plante alors les baguettes à la verticale, ce qui signifie qu'il n'appartient plus au monde des vivants.
 C'est pour cette raison que l'on ne doit jamais planter ses baguettes de cette façon à table.

Ensuite vient le moment de la crémation.

Au Japon, la crémation est très répandue, pour plusieurs raisons :
Tout d'abord, il s'agit d'une pratique religieuse. Ensuite, pour un Japonais,
 enterrer un corps est honteux, car c'est lui imposer souillure et putréfaction.
 C'est aussi dû à un décret datant du Japon féodal, qui forçait les populations à se faire incinérer.
Enfin, le manque de place disponible joue aussi.

Après la crémation, il faut récupérer les os du corps du défunt.
Chaque parent ou proche participe, dans un ordre définit par le rapprochement entre le défunt et le convive.
 Il faut récupérer les os à l'aide de baguettes, et se les faire passer jusqu'au bonze,
qui les écrasera et les placera dans l'urne prévue à cet effet.
 Il faut prendre d'abord les os des pieds et remonter ainsi jusqu'à la tête,
pour éviter que le mort soit enfermé la tête en bas.

En rentrant, on place l'urne sur un autel, dans la maison familiale, où elle restera pendant 49 jours.
Pendant cette période, un bonze prie les 3°, 7°, 21° et 49° jours, pour guider l'âme du défunt.

         






Shiju-ku nichi

Litt. : 49ème jour.
Cette étape est la dernière étape, qui conclue les obsèques.
Comme l'indique son nom, elle a lieu 49 jours après la mort.

Il s'agit de placer l'urne dans le tombeau familial, nommé haka, après une nouvelle cérémonie.
C'est durant cette étape que le défunt peut recevoir son nom posthume, nommé kaimyo,
 qui doit le protéger et l’empêcher d'errer sur Terre en tant qu'esprit.
Cependant, cette pratique étant extrêmement chère, peu de personnes peuvent y accéder.

Le tombeau est constituée d'une stèle, surplombant une crypte
où sont entreposées les urnes funéraires de la même famille. On doit graver le nom du défunt
 sur le côté du monument en pierre, même s'il est de plus en plus courant de le faire sur une pièce
 en bois à côté du caveau, du nom de sotoba. Si le défunt a un kaimyo, c'est celui-ci qu'il faut inscrire.

On peut parfois trouver sur une stèle un nom peint en rouge.
C'est une pratique dédiée aux époux : Lorsque l'un des deux époux meurt,
son conjoint grave son nom dans la pierre et le peint en rouge, pour symboliser sa volonté
 de le retrouver dans la tombe. Lorsque celui ci meurt à son tour, il faut alors effacer la peinture.
Cette pratique est plus rare actuellement.

         

      Haka                            Sotoba






Témoignage

Voici un petit témoignage que j'ai trouvé en faisant des recherches.
Il résume bien le déroulement des étapes.


" Ici, je vous explique les funérailles de ma belle-mère, décédée a l'âge de 98 ans.

De l’hôpital, elle a été ramenée a la maison sur une civière. La famille a suivi en voiture.
 Arrivée a la maison, les gens des pompes funèbres l'ont mise sur un futon devant le butsudan
 (l'autel pour le culte des ancêtres, en général chaque famille en possède un ).
 La tête de la personne décédée est toujours placée au Nord. Sur son visage,
 il y avait un fin morceau de tissu blanc. Nous avons brule de l'encens et les membres
 de la famille ont dormi a cote d'elle. Chacun devait se réveiller a son tour pour aller remettre brûler de l'encens.

Le lendemain, les gens des pompes funèbres sont venus avec le cercueil pour la mise en bière.
 La famille assiste a la mise en bière. Les gens des pompes funèbres ont changé
 délicatement le kimono de ma belle-mère et lui ont mis un kimono blanc.
On a entendu craquer les os. Après cela, c’était la visite des voisins et j'ai du servir du thé a tout le monde.

Le soir, les pompes funèbres ont amené ma belle-mère au temple bouddhiste.
 Il y a une décoration spéciale pour les funérailles et une photo de la personne décédée.
 Toute la famille est venue de plusieurs coins du Japon, tous nous étions au temple.
 Nous avons bu et mange dans la même pièce ou se trouvait le cercueil de ma belle-mère.
 Après, il était l'heure de dormir donc nous avons mis des futons sur le tatami.
Mon mari était en première position puisque qu'il est l'aîné. Puis nos neveux et leur femmes
 et puis les membres plus éloignés de la famille. En fait chacun a une position de rang si je puis dire, a respecter.

Le matin, le bonze de la famille est venu pour la cérémonie des funérailles.
 Tout le monde était habille de noir. Tout en noir, pas une petite trace d'une autre couleur.
Les femmes portent un collier de perles et des boucles d'oreilles en perle aussi. Avant la cérémonie,
 tout le monde donne une enveloppe avec de l'argent. Une enveloppe spéciale pour les funérailles.
 On doit donner une somme d'argent par rapport au degré de parente ou de connaissance.
 Tout est réglemente. Quand la cérémonie a été terminée, nous nous sommes tous approchés
du cercueil et nous avons recouvert ma belle-mère de fleurs. On ne voyait plus que son visage.
Après, il a fallu fermer le cercueil et c'est chaque membre proche de la famille qui doit le faire.
 On vous donne un clou et un marteau. Il faut en fait un peu enfoncer le clou, le reste, les pompes funèbres le font.

  Après la cérémonie, toute la famille est allée au funérarium. La encore, une petite cérémonie
 de prières avec le bonze. Nous avons pu voir une dernière fois ma belle-mère car on peut ouvrir
une partie du cercueil près du visage, un genre de petite porte. Et après, le cercueil est parti pour être brûlé.
 Devant nous, deux grandes portes se sont ouvertes et la civière sur laquelle le cercueil
de ma belle-mère se trouvait est entre directement dans le four.
  Après nous sommes allés dans une grande pièce avec tous les membres de la famille pour attendre.
 Nous n’étions pas seuls car il y avait déjà plusieurs familles qui attendaient aussi.
 Nous avons attendu environ 2 heures puis les gens des pompes funèbres sont venus nous chercher.

La civière sur laquelle se trouvait le cercueil, on y trouvait maintenant le squelette de ma belle-mère.
 Ma belle-sœur nous a donné, à mon mari et à moi, des baguettes en bois et nous avons dû
 prendre ensemble le premier os, ceci encore une fois par rapport a la position dans la famille.
 Les autres membres attendaient. Après, l’employé des pompes funèbres nous a dit qu'il fallait
 commencer par les pieds pour finir par la tête. Chacun avait reçu un baquet en acier inoxydable et on y
mettait les os qu'on donnait au bonze, celui-ci utilisait un pilon pour réduire un peu les os qui sont mis dans une urne.

La cérémonie terminée, nous sommes rentres a la maison dans un mini-bus.
 Mon mari était devant et tenait l'urne de sa mère. Nous sommes retournes au temple,
à l’entrée, il y avait un baquet avec du sel que nous devions prendre pour nous purifier.
Simplement le geste comme si vous saliez avec les doigts. Le Bonze a encore un peu prié au temple
 puis nous avons mangé ensemble de la nourriture spéciale pour les funérailles et nous avons bu de la bière et du saké.

L'urne de ma belle-mère est restée 49 jours dans la maison familiale sur le butsudan selon
 la tradition bouddhiste et plusieurs fois par jour, on y faisait bruler de l'encens.
 Après les 49 jours, une autre petite cérémonie et l'urne est mise dans le caveau de famille.

Comme la tradition bouddhiste le veut, de son vivant, il faut avoir un nom pour après la mort.
 Comme exemple, l'Empereur Hirohito. Son nom posthume est SHOWA.
Il va s'en dire que ce n'est gratuit, pour avoir son nom posthume, il faut donner 500.000 Yens au temple. "






   Voilà .
J'ai trouvé très intéressant de me pencher sur ce sujet.
Il faut savoir que toutes ces pratiques réglementées s'expliquent par une grande
angoisse de la mort et des esprits, qui s'explique elle-même par de nombreux mythes,
comme celui d'Izanagi.

J'espère ne pas vous avoir assommé avec ce long post.
A suivre, des histoires d'esprits ? :peur:
   
         

_________________


Roarr ~ ♥


Dernière édition par Shii le Lun 1 Sep - 22:48 (2014); édité 1 fois
Revenir en haut
Skype
Publicité






MessagePosté le: Dim 2 Sep - 23:53 (2012)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
SushiiChan
Kami Otaku
Kami Otaku

Hors ligne

Inscrit le: 27 Juin 2010
Messages: 690
Féminin Taureau (20avr-20mai) 狗 Chien
Titre:
Point(s):

MessagePosté le: Dim 23 Sep - 17:19 (2012)    Sujet du message: ~ Mourir au Japon ~ Répondre en citant

C'est un joli post que voici Shii Chan !

Et bien, je ne savais pas qu'il y avait autant d'étapes, j'avais remarqué
dans plusieurs mangas qu'il y avait des veillées pour le défunt et qu'il fallait
au moins qu'une personne reste éveillé. J'avais aussi remarqué que le défunt
devait porter une tenue assez spéciale dans son cerceuil mais avec ton post,
 tout est bien plus clair. Je ne savais pas qu'on humidifie les lèvres du défunt
pour lui faciliter la route vers la réincarnation, pourquoi les lèvres..


Je trouve ça très beau de devoir déposer des fleurs et de l'encens.
Culturellement bercée par cette pratique de l'encens, j'y associe une
image très poétique.


Merci encore Shii Chan ! :Gayze:
_________________
_________________
Revenir en haut
Shii
Kami Otaku
Kami Otaku

Hors ligne

Inscrit le: 14 Avr 2011
Messages: 1 205
Titre:
Etoiles:
Point(s):

MessagePosté le: Dim 23 Sep - 20:18 (2012)    Sujet du message: ~ Mourir au Japon ~ Répondre en citant

Après une petite recherche, je n'ai pas réussi à trouver une explication à ce petit rituel d'humidifier les lèvres du défunt, si ce n'est que ce serait pour lui éviter de se sentir sale dans l'au-dela... Mais pourquoi les lèvres, on ne le sait toujours pas...
Peut être est-ce une espèce d'ablution ?
Je sais que les japonais doivent se nettoyer les mains et la bouche avant de pénétrer dans un sanctuaire shinto.
Mais une fois de plus, je ne sais pas pourquoi la bouche en particulier, désolée... é_è

Un jour, je trouverai une réponse à ce mystère .

_________________


Roarr ~ ♥
Revenir en haut
Skype
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:52 (2016)    Sujet du message: ~ Mourir au Japon ~

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum -> Espace détente -> Culture Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
onyx © theme by larme d'ange 2006
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com